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Voyage et tourisme

L'Autriche (Europe)


CARREFOUR de routes commerciales au coeur de l'Europe, l'Autriche a été au XIXe siècle le centre d'un empire hétérogène, rassemblant des peuples de cultures et de langues diverses. Vienne, sa capitale, brillante et cosmopolite, a connu un grand rayonnement culturel. Réduit au tiers de son territoire en 1918, le pays a gagné en cohérence nationale et en unité linguistique, mais n'a trouvé un difficile équilibre politique et économique qu'après la Seconde Guerre mondiale. Le pays a rejoint l'Union européenne (UE) en 1995. Le 1er juillet 1998, il a été désigné pour remplacer la Grande-Bretagne à la présidence de l'Union pour une durée de six mois.


Géographie physique


L'Autriche (83 858 km2), est un pays en grande partie montagneux. Les cols alpins l'ouvrent vers l'Italie et les Balkans, et donc, au-delà, vers la Méditerranée ; le Danube la traverse et la relie à l'Europe de l'Ouest et à l'Europe centrale.


Relief


Les Alpes couvrent 60 000 km2 du pays. Le relief se divise en trois ensembles nettement individualisés.
Au nord du Danube, l'extrémité du massif de Bohême est un plateau granitique de faible altitude (entre 350 et 900 m), en majeure partie couvert de forêts.
Au sud, la partie orientale des Alpes s'étire d'ouest en est, couvrant près des trois quarts du pays d'un relief ordonné par les vallées en zones parallèles, découpées en massifs bien individualisés: une chaîne centrale élevée, où se succèdent les massifs cristallins de l'Otztal et des Hohe Tauern (3 797 m au Grossglockner), forme un faîte granitique long de 250 km et porteur de grands glaciers ; des cols, dont le Brenner, à 1 316 m, en facilitent le franchissement. Au sud, les Alpes de Carinthie et de Styrie, séparées de la chaîne centrale par les vallées de la Mur et de la Drave, ont une structure longitudinale en plis serrés où s'ouvre le col du Tarvis. Au nord, au-delà du sillon de l'Inn, de la Salzach, de l'Enns et de la Leitha, les Préalpes alignent croupes calcaires et sommets dénudés, de la Bavière à Salzbourg et à Vienne.
Le coeur du pays correspond à la jonction de trois plaines: la plaine de Moravie, au nord de Vienne, celle de Pannonie, au sud de Vienne, et enfin la vallée du Danube. Etroite à l'ouest, puis s'élargissant vers la plaine hongroise à partir de la capitale, la vallée du Danube est riche en alluvions fertiles. L'altitude varie entre 365 m dans les vallées de l'ouest et 185 m dans les plaines de l'est.


Climat


Le climat de l'Autriche occidentale et centrale est dominé par les effets de l'altitude et des vents. Toutefois, mis à part de fréquentes précipitations et des températures moins élevées, il est assez semblable aux climats tempérés typiques de l'Europe occidentale. Au printemps et en automne, un vent du sud chaud et sec, le foehn, souffle fréquemment dans les vallées alpines. Celui-ci provoque souvent une brusque fonte des neiges, cause d'avalanches. L'Autriche orientale, quant à elle, est soumise à un climat continental plus sévère, avec des hivers rigoureux, de courts étés modérés et de faibles précipitations.
Les quatre principales villes autrichiennes connaissent des températures hivernales minimales variant entre -3,3 et -2,2°C, et des maximums estivaux de 17,8 à 20°C. Elles reçoivent entre 635 et 990 mm de précipitations annuelles.


Hydrographie


Le Danube, le seul fleuve navigable, traverse le nord de l'Autriche d'ouest en est sur 350 km. Les principales rivières - l'Inn, l'Enns, la Salzach, la Mur, le Mürz et la Drave - sont des affluents du Danube, l'Ouest seul connaissant quelques rivières non tributaires du Danube. Les lacs sont nombreux et pittoresques, en particulier dans la région de Salzbourg et de la basse Carinthie. Le lac de Neusiedl, à la frontière hongroise, a une superficie de 350 km2. A l'extrême ouest, le Rhin alimente le lac de Constance, que l'Autriche partage avec la Suisse et l'Allemagne.


Faune et flore


Les arbres à feuilles caduques, notamment hêtres, bouleaux et chênes, sont abondants à basse altitude; dans les régions plus élevées, la forêt mixte prédomine. Dans les forêts alpines, les conifères s'étendent entre 1 370 et 1 980 m. Au-dessus de cette altitude, les alpages, souvent percés de roches dénudées, montent jusqu'à la limite des neiges, entre 2 745 et 3 048 m. Les altitudes les plus hautes sont le domaine d'espèces florales alpines rares, comme l'edelweiss ou la gentiane.
Les sangliers, les ours, les loups et les lynx ont disparu, mais les daims rouges, les chamois et les marmottes sont toujours assez répandus dans les réserves alpines. Les herbages de la réserve de Neusiedlersee sont le domaine des oies grises, des aigles mouchetés, des hérons pourpres et des grands hérons blancs. Au printemps, les cigognes rejoignent le village de Rust.


Population


Si le peuple autrichien est depuis longtemps uni par une tradition linguistique germanique, il n'en est pas moins hétérogène, en raison des brassages de population intervenus à l'époque du Saint Empire romain germanique, puis de l'Empire austro-hongrois. Les minorités sont représentées par environ 50 000 Croates, résidant principalement au Burgenland, quelque 20 000 Slovènes dans le sud de la Carinthie, ainsi qu'un petit nombre de Hongrois, de Tchèques, de Slovaques et d'Italiens. Face à une majorité de catholiques, les protestants ne représentent que 5,9 % [1995] de la population et restent localisés dans les plaines. A Vienne se trouve concentrée la communauté juive, forte de 12 000 personnes.
Un tiers de la population, estimée à 8,1 millions d'habitants [1999], est concentré dans les cinq plus grandes villes: Graz, Innsbruck, Linz, Salzbourg et Vienne, la capitale (1,5 million h.) [1996]. Depuis la Seconde Guerre mondiale, l'Autriche a connu une nette redistribution de son peuplement: si les provinces de l'Est ont gagné très peu d'habitants, les populations des trois provinces occidentales - Vorarlberg, Tyrol et Salzbourg - se sont considérablement accrues. Les zones urbaines continuent à s'étendre au fur et à mesure que les hautes vallées se dépeuplent et que le tourisme se développe dans les régions alpines.


Economie


Longtemps considéré comme un îlot de prospérité et un modèle en raison de sa stabilité économique, avec notamment un concensus social ancien et un niveau de vie élevé, le pays est à l'heure des changements après son entrée dans l'Europe communautaire.


Agriculture


L'agriculture autrichienne permet de satisfaire la plupart des besoins. Depuis 1945, elle est caractérisée par le déclin de la population agricole et par la disparition progressive des petites exploitations, les fermes de moins de 5 ha étant incorporées à de plus grandes. Toutefois, encore 42 % des exploitations ont moins de 10 ha. Les terres cultivées et les plantations représentent 18,3 % de la superficie, les alpages et pâturages 24 %. En plaine, les grandes exploitations mécanisées connaissent de hauts rendements; en montagne, où sont situées un tiers des exploitations, les rendements sont plus faibles et des activités complémentaires, industrielles et touristiques, ont dû être développées. Les principales cultures sont le blé, l'orge, le maïs, le seigle, l'avoine, la pomme de terre et la betterave à sucre.
Les vignobles ne couvrent que le centième de la superficie agricole et sont dispersés à travers tout le pays, le plus souvent associés à d'autres cultures. Les plus grandes productions sont localisées dans le couloir danubien et le Burgenland.
Le cheptel autrichien est constitué principalement de porcs et de bovins, dont près de la moitié de vaches laitières. En montagne, les éleveurs pratiquent la transhumance : le bétail passe l'hiver à l'étable et l'été dans les alpages. La production de viande a considérablement augmenté, et l'industrie laitière couvre largement les besoins nationaux, mais la production de volailles et d'oeufs est déficitaire.
Les forêts, principalement celles de conifères, couvrent 38,9 % du territoire autrichien, le plus boisé d'Europe après la Finlande et la Suède, et les industries du bois produisent de la pâte à papier, du carton, de la cellulose et de l'aggloméré.


Ressources minérales et énergétiques


La plus précieuse des ressources naturelles de l'Autriche est son énergie hydraulique, qui lui fournit les deux tiers de son électricité. Cependant, les cinq sixièmes de la puissance hydraulique disponible restent encore inexploités. Les principales ressources minérales sont la magnésite, le graphite, le minerai de fer - l'Erzberg ("montagne de fer") est la plus grande mine de fer à ciel ouvert d'Europe -, le lignite et un charbon brun de qualité médiocre. L'extraction du pétrole (80 % à Matzen) et du gaz naturel (principalement à Zwerndorf) place l'Autriche au 12e rang européen, mais elle ne suffit pas aux besoins du pays. Les autres ressources exploitées sont le cuivre, le zinc, le plomb et le sel gemme.


Industrie


L'Autriche, appuyée depuis 1955 par l'aide occidentale, a dû développer une industrie érodée successivement par le démantèlement de l'ancienne Autriche-Hongrie, par la Seconde Guerre mondiale et les destructions ou démontages d'usines qui la suivirent. Depuis 1946, l'industrie a été nationalisée à 27 % (industries de base et énergie). L'expansion industrielle, dispersée, a profité plus sensiblement aux Länder occidentaux - le Vorarlberg étant la province la plus industrialisée, et Vienne ayant tendance à se dépeupler.
Depuis les années 1970, les investissements étrangers - suisses, allemands et américains notamment - n'ont cessé de croître. Mais la croissance est en perte de vitesse depuis 1980.
Les industries lourdes se concentrent dans la vallée du Danube, dans le couloir Mur-Mürz et dans la capitale. La sidérurgie est issue d'une longue tradition métallurgique (les gisements de minerai de fer étaient déjà exploités par les Celtes au Ier millénaire av. J.-C.). Nationalisée, elle produit fonte brute, acier brut et acier laminé. Les produits manufacturés sont les cycles et les motocyclettes, les tracteurs et les locomotives, la machinerie lourde, le matériel électrique, les plastiques, le mobilier, les textiles artificiels, les produits agroalimentaires. L'industrie chimique (notamment engrais azotés et colorants) et le matériel électrique sont des secteurs de pointe.
Les activités artisanales traditionnelles sont de plus en plus industrialisées: céramique, verrerie, sculpture sur bois et travail du cuir - fabrication de chaussures notamment -, matériel optique et instruments de musique.


Commerce et services


La balance du commerce extérieur de l'Autriche reste déficitaire depuis 1945. Le pays doit importer des matériels de transport et des machines lourdes, du pétrole, des denrées alimentaires et des matières premières. Les échanges s'effectuent en majorité avec l'UE, le fournisseur et client privilégié étant - de loin - l'Allemagne. Bois de charpente, papier et pâte à papier, textiles, fer et acier, énergie électrique et machines-outils sont les principales exportations.
Le tourisme est devenu une industrie majeure. Les stations de sports d'hiver sont tout aussi réputées que les stations thermales - notamment Baden, près de Vienne, Bad Gleichenberg, en Styrie, ou Bad Hall, en Haute-Autriche - ou les lacs de la Carinthie, du Salzkammergut et du Burgenland. La tradition artistique, théâtrale et musicale se perpétue des Alpes jusqu'à Vienne. Salzbourg abrite tous les ans un festival de musique consacré à Mozart, événement culturel d'importance mondiale, et particulièrement populaire. Toutefois, les recettes touristiques ne suffisent pas à compenser le déficit croissant du commerce extérieur.
Moderne et efficace, le système de transports autrichien est dans sa majeure partie nationalisé. Une compagnie nationale d'aviation dessert les routes aériennes intérieures et internationales. Outre les 107 000 km d'autoroutes, de routes nationales et départementales, quelque 5 624 km de rail [1995] sillonnent le pays, franchissant les principales vallées des Alpes. La navigation fluviale s'effectue uniquement sur la portion du Danube qui s'étend entre Passau, en Allemagne, et Bratislava, en Slovaquie.


Histoire


Des sépultures découvertes en Basse-Autriche attestent une occupation humaine dès le IIIe millénaire av. J.-C. Au Ier millénaire s'est développée la "civilisation de Hallstatt", du nom d'un bourg du Salzkammergut où se trouve une station de l'âge du fer.
En l'an 803, Charlemagne dota son empire d'un glacis oriental, situé autour du Danube. Cette "marche de l'Est" deviendra l'"Osterreich" du Saint Empire romain germanique. Les frontières actuelles de l'Autriche, ainsi que son régime politique, sont issues de la défaite de 1918 et du démantèlement du vaste empire d'Autriche-Hongrie.


Rhétie, Norique et Pannonie


Dans l'Antiquité, les territoires connus plus tard sous le nom d'"Autriche" s'appellent Rhétie, Norique et Pannonie. Au début de l'ère chrétienne, les Celtes doivent s'effacer devant la domination des Romains, qui fondent notamment Vindobona (Vienne), Lentia (Linz) et Juvavum (Salzbourg). Au IVe siècle apr. J.-C., ils cèdent aux vagues successives d'envahisseurs germains et hunniques, renforcés au VIe siècle de Slaves et d'Avars.


De l'Ostmark à la maison d'Autriche


Au VIIIe siècle, les Francs établissent une brève suprématie sur le territoire: Charlemagne organise une première marche orientale, ou Ostmark. Puis des nomades venus d'Orient, parmi lesquels des Magyars, tiennent sous leur domination la région danubienne jusqu'en 955 : ils sont alors vaincus au Lechfeld, en Bavière, par Otton Ier. Celui-ci fonde en 962 le Saint Empire romain germanique, doté comme l'Empire carolingien d'une marche orientale, qu'il attribue aux ducs de Babenberg en 976. Jusqu'à leur extinction, en 1246, ceux-ci étendent l'Autriche jusqu'à la frontière hongroise à l'est, et jusqu'en Styrie et en Carniole au sud. En 1251, le roi de Bohême, Otakar II, s'empare de l'Autriche.


L'empire des Habsbourgs


Otakar II est tué en 1278 à la bataille de Dürnkrut, gagnée par Rodolphe Ier de Habsbourg (élu roi des Romains en 1273), qui inféode alors le pays à son fils Albert. La maison de Habsbourg puis celle de Habsbourg-Lorraine assoient peu à peu leur puissance. Elles fourniront entre 1438 et 1806 tous les empereurs du Saint Empire romain germanique, à l'exception d'un seul, Charles VII Albert, Electeur de Bavière (empereur de 1742 à 1745).
Les Habsbourgs ne tardent pas à faire de l'Autriche un des Etats les plus dynamiques d'Europe. Aux XIVe et XVe siècles, ils étendent peu à peu leurs domaines, tout d'abord au Tyrol et au Vorarlberg, voisins de leurs fiefs héréditaires de Suisse, puis à l'Istrie et à Trieste au sud. Par le mariage, en 1477, du futur Maximilien Ier à Marie de Bourgogne, ils acquièrent la Bourgogne et les Pays-Bas. En 1516, l'accession au trône d'Espagne de celui qui deviendra en 1519 l'empereur Charles Quint ajoute l'Espagne aux pays dominés par les Habsbourgs. L'Autriche doit alors faire face aux menaces du Turc Soliman le Magnifique (celui-ci défait les Hongrois à la bataille de Mohács, en 1526, où Louis II de Hongrie trouve la mort, permettant à Ferdinand, frère de Charles Quint, de se faire élire roi de Bohême et de Hongrie), à la rivalité de la maison de France et aux progrès de la Réforme. A son abdication, en 1556, l'empereur divise ses possessions: l'Espagne et les Pays-Bas reviennent à son fils Philippe II, l'Autriche et l'Empire à son frère Ferdinand Ier.
A la mort de Ferdinand Ier, en 1564, ses successeurs se révèlent incapables de maintenir sous leur autorité les régions de l'Empire ayant embrassé la religion réformée. Ainsi éclate en 1618 la guerre de Trente Ans. Ce conflit politico-religieux s'étend à toute l'Europe et ravage le Saint Empire. Il prend fin en 1648, après que les Habsbourgs, battus par la France à Rocroi en 1643, ont accepté la signature du traité de Westphalie. L'Autriche est contrainte de reconnaître la légitimité des sectes réformées ; mais, après le succès de la Contre-Réforme, le catholicisme finit par être entièrement restauré en Bohême et en Autriche proprement dite.


L'empire d'Autriche de Léopold Ier à Léopold II


En s'efforçant de chasser la Réforme de Hongrie, Léopold Ier (empereur de 1658 à 1705) ravive le conflit avec les Hongrois et les Turcs, leurs alliés. En 1683, Vienne, assiégée par 70 000 Turcs, est sauvée par les Allemands et les Polonais menés par Jean III Sobieski. Une suite de victoires impériales chasse les Turcs de Hongrie, que l'Autriche acquiert par le traité de Karlowitz (1699).
L'Empire autrichien atteint son apogée dans la première moitié du XVIIIe siècle. Les guerres de Succession d'Espagne (1701-1714) et de Pologne (1733-1738) lui assurent en outre les Pays-Bas espagnols et, en Italie, le Milanais, Mantoue, Parme et Plaisance, ainsi que la Toscane. La guerre de la Succession d'Autriche (1740-1748) éclate après le refus des puissances concernées de respecter la pragmatique sanction de 1713, décret de Charles VI (empereur de 1711 à 1740) visant à garantir l'indivisibilité des possessions des Habsbourgs et l'héritage de sa fille Marie-Thérèse. Celle-ci sera impératrice de 1740 à 1780 et contribuera largement à asseoir l'autorité impériale en centralisant l'administration.
Joseph II poursuit sous son règne (1780-1790) l'action centralisatrice de sa mère. "Despote éclairé", il affranchit les serfs, développe les droits des minorités religieuses, interdit les jésuites et place l'Eglise catholique sous l'autorité de l'Etat. Mais il connaît des défaites face aux Turcs et, en 1789, doit affronter une révolte des Pays-Bas. Sous le règne de son frère Léopold II, de 1790 à 1792, l'Eglise et les organismes régionaux de gouvernement recouvrent une grande partie de leurs anciens pouvoirs.


La monarchie austro-hongroise


La Révolution française puis les changements politiques et territoriaux mis en oeuvre par Napoléon Ier affaiblissent la position de l'Autriche, qui participe à toutes les coalitions contre la France.


L'empire d'Autriche jusqu'à Sadowa


En 1806, Napoléon supprime le Saint Empire et relègue son souverain, François II, au rang d'empereur héréditaire d'Autriche, sous le nom de François Ier. Contrainte de s'intégrer au système napoléonien après la paix de Vienne (1809), l'Autriche s'allie en 1813 aux autres puissances européennes contre l'empereur des Français, qui sera vaincu en 1815 à Waterloo.
La même année, le congrès de Vienne est brillamment orchestré par le chancelier et ministre des Affaires étrangères autrichien, le prince Klemens von Metternich. Au terme de ce congrès, l'Autriche doit céder la Belgique aux Pays-Bas, mais elle récupère en Italie ses possessions de Lombardie, de Vénétie et de Dalmatie. L'empereur d'Autriche devient président de la toute nouvelle Confédération germanique. Le "système de Metternich" (alternant consultations périodiques - notamment avec l'Angleterre, la Prusse et la Russie - et interventions armées) permettra de maintenir pendant plus de trente ans le conservatisme dans les Etats du continent.
Cependant, le climat policier entretenu dans l'Empire ne parvient qu'un temps à contenir les idées libérales ou nationalistes, de plus en plus répandues en Hongrie, en Italie et dans les pays slaves. En 1848, à la suite de la révolution de Paris, Vienne se soulève: la révolution gagne tout l'Empire, l'Allemagne et l'Italie, et provoque la chute de Metternich puis l'abdication de l'empereur Ferdinand. Le gouvernement, appuyé par l'armée, ne réussit à rétablir l'ordre qu'en 1849. Le règne du nouvel empereur François-Joseph est inauguré par une répression, menée par le chancelier Felix Schwarzenberg, qui ne parvient pas à restaurer totalement un absolutisme désormais ébranlé.
L'Autriche connaît bientôt d'importants revers. Défaite en 1859 à l'issue d'une guerre contre l'Italie et la France, elle perd la Lombardie au bénéfice du royaume d'Italie nouvellement unifié. Puis, en 1866, la guerre des Sept Semaines contre la Prusse, victorieuse à Sadowa, où périssent 40 000 hommes, se solde par la perte de la Vénétie et de certains territoires germaniques.


L'Empire austro-hongrois


Le régime, affaibli, doit concéder aux Hongrois le compromis, ou Ausgleich, de 1867 : à l'empire d'Autriche se substitue l'Empire austro-hongrois, divisé en deux Etats égaux en droits. L'Empire étant régi par le système de la double monarchie, l'empereur d'Autriche est également roi de Hongrie.
La partie orientale de l'Empire, la Transleithanie, est administrée par la Hongrie, et la partie occidentale, la Cisleithanie, par l'Autriche. Favorable aux Hongrois, ce dualisme est mal accueilli par les Allemands, qui y voient une sorte de démission, et par les minorités slaves, notamment les Tchèques, qui aspirent à être traités sur un pied d'égalité avec les Hongrois. Dès 1867, l'agitation reprend en Bohême, le sentiment national s'éveille chez les Slovènes et chez les Croates, chez les Roumains de Transylvanie et chez les Slovaques. En même temps, l'Empire austro-hongrois rivalise avec la Russie pour le contrôle des Balkans.
Le congrès de Berlin l'ayant, en 1878, chargée d'occuper militairement et d'administrer les anciennes provinces turques de Bosnie et d'Herzégovine, l'Autriche les annexe en 1908. L'état de tension avec la Serbie va croissant, et, le 28 juin 1914, à Sarajevo, capitale de la Bosnie-Herzégovine, l'héritier impérial, l'archiduc François-Ferdinand, est assassiné par un nationaliste serbe. Cet attentat est le détonateur de la guerre avec la Serbie, bientôt élargie à l'Europe : en effet, à l'Autriche et à l'Allemagne s'oppose la Triple-Entente unissant la Grande-Bretagne, la France et la Russie. La Première Guerre mondiale s'achève par la défaite de la double monarchie, par l'abdication forcée de l'empereur Charles Ier, et par la dislocation de l'Empire austro-hongrois.


La République autrichienne


La proclamation de la république a lieu le 12 novembre 1918. Le pays a perdu les trois quarts de sa superficie, réduite dès lors à son noyau germanique : le traité de Saint-Germain-en-Laye interdit aux Allemands d'Autriche de s'intégrer à l'Etat national allemand. Coupée de ses anciens territoires par des cordons douaniers, l'Autriche connaît trois années de famine. Le vote de la Constitution, le 1er octobre 1920, marque la naissance de la nation autrichienne. Une situation monétaire déplorable oblige Mgr Seipel, chancelier de 1922 à 1929, à faire appel à la Société des Nations (SDN) et à remplacer la couronne, très dévaluée, par le schilling.


Chrétiens et fascistes


Les luttes internes de l'Autriche sont avivées par des milices de tendances tant socialistes que conservatrices, tandis que la crise mondiale, entre 1930 et 1934, frappe durement le pays et qu'apparaît le parti nazi autrichien. En 1931, la faillite de la plus grande banque autrichienne plonge le pays dans la crise économique. Le chancelier Dollfuss, encouragé par Mussolini, protecteur de l'Autriche jusqu'en 1936, exerce un pouvoir dictatorial à partir de 1933. Il lutte sur deux fronts : contre les socialistes (il écrase les milices ouvrières en février 1934 et dissout le parti social-démocrate) et contre les nazis. Il fait de l'Autriche un Etat chrétien allemand (Christlicher Ständestaat), par la Constitution du 1er mai 1934, mais est assassiné par des nazis autrichiens, décidés à imposer l'union avec l'Allemagne de Hitler, ou Anschluss.


L'Anschluss


Le successeur de Dollfuss, Kurt von Schuschnigg, démissionne sous la pression de Hitler et, le 12 mars 1938 - la veille du plébiscite sur l'indépendance -, les troupes allemandes occupent l'Autriche. Jusqu'en 1945, l'Autriche est la marche de l'Est du Reich, l'Ostmark.


La neutralité


Rétabli par la Déclaration d'indépendance du 27 avril 1945, l'Etat autrichien retrouve ses frontières d'avant la Seconde Guerre mondiale, mais le pays est divisé en quatre zones d'occupation (américaine, russe, britannique et française), et toutes les mesures administratives doivent obtenir l'aval des Alliés.
La "grande coalition" rassemble les partis socialiste et populiste, qui gouverneront ensemble jusqu'en 1966. En 1955, le traité d'Etat garantit la neutralité de l'Autriche, qui devient membre de l'ONU. Ses gouvernements s'attellent d'abord à la reconstruction du pays, tâche rendue difficile par les réquisitions frappant les établissements devenus propriété allemande après l'Anschluss ; en outre, jusqu'en 1963, l'Autriche doit livrer des fournitures à l'URSS, en particulier du pétrole. Cependant, ces prélèvements sont atténués par les effets du plan Marshall et par l'adhésion de l'Autriche à l'Association européenne de libre-échange (AELE) dès sa création, en 1959. L'Autriche fait également partie du Conseil de l'Europe depuis 1956, et de l'OCDE depuis 1971.
En 1966, le bipartisme prend fin au profit du parti populiste, jusqu'aux élections de 1970, qui portent au pouvoir les socialistes, avec les chanceliers Bruno Kreisky (1970-1983), Fred Sinowatz et Frantz Vranitzky. Après Kurt Waldheim (1986-1992), Thomas Klestil a été élu président de la République et réélu en 1998. Il a désigné Viktor Klima à la direction du gouvernement en 1997.
L'année 1999 est marquée par la progression de l'extrême droite dans tout le pays. Ainsi, l'élection en avril, du dirigeant du Parti libéral nationaliste (FPO), Jörg Haider, au poste de gouverneur de la Carinthie, sonne comme un signal d'alarme pour l'équipe gouvernementale. En effet, le parti d'extrême droite s'impose comme le deuxième parti du pays (415 suffrages de plus que les conservateurs de l'OVP, et un nombre équivalent de 52 sièges au Parlement), derrière le Parti social-démocrate (SPO) du chancelier Viktor Klima (33,15 % des voix et 65 sièges) lors des élections législatives organisées en octobre. Confronté à la difficulté de reconduire un gouvernement de coalition entre sa formation, le Parti social-démocrate autrichien (SPO), et le Parti conservateur (OVP), le chancelier Viktor Klima reconnait l'impossibilité de former un gouvernement minoritaire SPO. Les conservateurs entament alors des discussions avec le FPO, démarche qui suscite l'indignation de l'Union européenne. En février 2000, le président T. Klestil désigne Wolfgang Schüssel à la direction du nouveau gouvernement de coalition formé entre les conservateurs de l'OVP (5 portefeuilles) et l'extrême droite populiste du FPO (six portefeuilles ministériels : vice-chancellerie, Finances, Défense, Justice, Affaires sociales et Infrastructures). Les quatorze partenaires de l'Autriche au sein de l'Union européenne annoncent la suspension immédiate des relations bilatérales avec ce pays, tandis que les Etats-Unis décident de réduire leurs relations diplomatiques avec l'Autriche et qu'Israël rappelle son ambassadeur à Vienne. Soucieux de ne pas entraver l'action gouvernementale, Jörg Haider renonce à la présidence du FPO, poste auquel la vice-chancelière, Suzanne Riess-Passer, lui succède. En septembre, l'Union européenne décide de lever les mesures prises contre le pays tout en soulignant les caractères extrémistes du FPO.

Source : Commission européenne